Introduction

Intrigués par la découverte des céramiques signées Montières, des amateurs d'art ont tenté depuis quelques années de retracer l'historique. Aidés des derniers décorateurs de l'époque ou de leurs proches, ils se sont efforcés de répondre aux interrogations soulevées par cette étonnante production: les oeuvres présentées ont toutes été créées et réalisées à Amiens sur la courte période de 1917 à 1933.

A l'occasion des soixante-dixième anniversaire de la naissance de la céramique de l'art de Montières, Amiens découvre qu'elle fut le berceau de l'une des plus grandes entreprises de "renouveau céramique" de ce siècle.

A notre époque de surinformation, l'oubli tombe très vite sur ce qui n'existe plus. Parler aujourd'hui de la céramique d'art de Montières, née pourtant voilà seulement 70 ans, est déjà faire preuve d'historien.

A l'occasion de l'exposition « Céramique d’art de Montières » réalisé en 1987, j'ai formalisé un premier ouvrage mémorial sur ces incroyables oeuvres dont ce site présente quelques extraits.

A l'heure des nouvelles technologies et des réseaux sociaux communautaires, j'espère que ce site permettra de continuer à faire vivre cet art en vous permettant de partager interactivement vos collections et vos questionnements.

Couverture du livre Montières Michel Souchon

Ouvrage réalisé en 1987 à l’occasion de l’exposition « Céramique d’art de Montières »

Origine des céramiques Montières

En 1915, Messieurs Trouillot et Marque créent une petite faïencerie à Montière, un quartier d'Amiens. Mobilisés sur le front, ils doivent céder leur entreprise le 2 avril 1917 à l'industriel amiénois Borck.


Papier à en-tête de MM. Trouillot et Marque Frères, société en nom collectif constituée le 23/12/1915 enregistrée le 18/01/1916.

Papier Entête Montières 1



Exterieur Atelier Montières

Vue extérieure de la céramique en 1919. A gauche le logement du concierge, au centre les ateliers de décoration, à droite salles de préparation de la terre, moulage, tournage et salle des fours. Un de ces bâtiments est toujours utilisé comme atelier dans un quartier d'Amiens



Désiré Borck confie à Jean Barol, potier confirmé, la direction artistique de l'atelier de céramique. Ancien élève de Clément Massier, l'un des plus célèbres céramistes de la fin du XIX" siècle, Jean Barol a déjà fondé son entreprise à Cannes et produit de 1913 à 1927 sous le nom de "l'atelier BACS" avec trois collaborateurs : Marius Alexandre, Jean Carie et François Sicard. Il fournit à la céramique tous les éléments de fonctionnement : la technique, les modèles de vases, les décors et même les sources d'approvisionnement en matières premières.



Jean Barol Atelier Montières

Jean Barol dans son atelier à Montières en 1919

Papier Entête Montières 2

A peine modifié, Désiré Borck reprend le papier à en-tête de ses prédécesseurs.

Couvercle de bonbonnière réalisée par Barol. Au centre, décor de paysage entouré de décor cloisonné sur un fond de terre rouge provenant du Var. Cette pièce porte le cachet de la Faïencerie Picarde (voir liste signature).

Couvercle Bonbonnière
Atelier Montières

L'atelier de décoration à Montières en 1917 de gauche à droite MM. Buigny, Cahon, Revaux, Sauvée, Albert Marque (fils des créateurs), Chéron (tourneur venant de Limoges), Simone Bosquet, François Sicard, Jean Barol et la fille de M. Sauvée.

La céramique de Montières compte rendu de M. Virgile Brandicourt

Atelier Montières

Visite du Président de la République Raymond Poincarré le jeudi 14 août 1919, pour inaugurer au musée de Picardie l'exposition de l'ameublement avec présentation de vases de Montières.

Les Rosati se pressaient dans les ateliers de Monsieur Borck, céramiste à Montières. Pour un très grand nombre, cette visite fut une véritable révélation. Qui donc, avant l'exposition du mobilier, au musée, connaissait la fabrique de céramiques de Montières, dont les brillants produits s'expédient dans le monde entier. Monsieur Borck et ses collaborateurs ont fait avec beaucoup de bonne grâce les honneurs de leur usine aux Rosati qui ont pu suivre les différentes phases de l'exécution d'une poterie. Voici d'abord, sous les hangars, la matière première, l'argile rouge du Var, les sables blancs qui pourront être fournis par Lihons, quand cette pauvre localité sera accessible.Ces sables mouillés, exposés à l'air subissent une sorte de pourrissage qui les rend plus malléables, plus liants. Ici, ce sont des malaxeurs qui triturent les argiles avec des galets venant de Cayeux ou du Hourdel qui agissent à la façon de petites meules et réduisent l'argile en pâte très fine.

Nous pénétrons dans l'atelier de fabrication des moules en plâtre dont vont sortir tant de poteries aux formes les plus variées.

Ces seaux remplis d'une mixture semblable à un chocolat au lait contiennent la barbotine, argile rouge délayée avec du plâtre, qui va être coulée dans les moules. Mais le travail le plus curieux c'est celui du tour à potier, vieux comme l'humanité elle-même, qui se tourne avec le pied et que n'ont pu remplacer encore nos moteurs à vapeur ou électriques, trop brutaux dans leur inintelligente régularité. La glaise, l'argile molle est portée sur le plateau, l'artiste la caresse de ses doigts habiles, le plateau tourne, et vous voyez l'inerte matière s'animer, prendre la forme qu'il plaît à l'artiste de lui donner.

Quand cette poterie sera un peu séchée, elle sera livrée aux décorateurs qui la recouvriront de peintures diverses, d'émaux variés avant de la porter de nouveau au four où elle subira des températures de 800 à 1200°.

Sous l'influence de cette température, les oxydes métalliques, dont sont composés les différents émaux, vont se décomposer, se combiner, et produiront ces effets extraordinaires de métallisation dans lesquels se joue la lumière. Chacun a pu admirer à l'exposition ces vases merveilleux d'éclat semblable à celui des élytres des scarabées et des coléoptères. Le grand talent du céramiste c'est de choisir des émaux, de régler le feu de manière à obtenir des colorations nouvelles et inattendues. Régler le feu ! Comment apprécier ces températures élevées dont nous n'avons aucune idée dans la vie ordinaire.

Les savants ont fabriqué des pyromètres, sortes de petits bâtonnets qui fondent à une température de 900 ou 1000 ou 1050 ou 1100". On installe dans le four deux ou trois de ces bâtonnets de fusibilité différente (par exemple 900, 950 et 1000°) ; on les observe par des regards et, quand on voit "tomber" le premier on se dit "nous avons atteint 900°". On règle le feu en conséquence. Le bloc d'argile, muni de ces pyromètres s'appelle "la montre". Voici résumé, à très grands traits et par un profane, les diverses opérations qui concourent à la production d'une pièce de poterie.

Atelier Montières

Ici, les terres provenant de Vallauris puis de Lihons en Santerre sont mélangées à la silice obtenue par le broyage des galets de la Côte d'Opale. Battues, malaxées, elles seront préparées par l'atelier de tournage ou de moulage.

La céramique est un art des plus anciens : la matière première est de valeur presque nulle ; tout le mérite réside dans le travail du potier, quant aux formes élégantes à donner aux différents objets ; - dans celui du décorateur pour les dessins à reproduire - dans celui du chimiste, du céramiste pour la composition des émaux.

Il faut hautement louer Monsieur Borck, d'avoir su, en s'entourant de collaborateurs, de spécialistes, amener à un tel degré de perfection une industrie qui offre des débouchés à des jeunes gens épris de leur art et qui fera connaître dans le monde le nom de Montières, prononcé seulement par les préhistoriens et les amateurs de silex taillés.

Virgile Brandicourt

- Michel Souchon - 80400 HAM - 03 23 81 10 97 -